Dans un paysage financier où tout le monde prétend avoir la bonne recette, Charles Gave détonne. Né à Alep en 1943, cet économiste libéral fondateur de Gavekal à Hong Kong est suivi par près de 350 000 personnes sur YouTube – un chiffre qui dit tout sur la curiosité qu’il suscite.
Sa stratégie n’a rien de magique : pas d’algorithme, pas de formule secrète. Juste une boussole macroéconomique rodée depuis plus de quarante ans. Mais vaut-il mieux le lire… ou l’imiter ?
Qui est vraiment Charles Gave ?
Charles Gave n’est pas un influenceur financier sorti de nulle part. Il a débuté comme analyste à la Banque de Suez, cofondé en 1986 une société à Londres qui gérait 10 milliards de dollars au moment de sa revente en 1995, puis lancé Gavekal en 1999 avec son fils Louis-Vincent et l’éditorialiste Anatole Kaletsky.
Aujourd’hui, Gavekal conseille 800 institutions dans le monde et diffuse chaque jour une lettre d’analyse des marchés lue par 17 000 gérants de fonds. La société revendique environ 3,5 milliards de dollars sous gestion. Ce n’est pas un amateur qui parle depuis son salon.
Sa fortune personnelle, en revanche, reste floue. Elle est en partie hébergée dans des paradis fiscaux selon Libération, et difficile à chiffrer avec précision. Certaines sources avancent le chiffre de 10 milliards de dollars, d’autres beaucoup moins.
Ce qui est certain, c’est qu’il applique lui-même la stratégie qu’il prêche depuis des décennies – et qu’il est toujours là pour en parler. Sa personnalité clivante – eurosceptique affiché, libéral économique pur, auteur d’une dizaine d’essais – divise autant qu’elle fascine.
Ses prises de position politiques, notamment son soutien temporaire à Éric Zemmour en 2021, ont terni son image auprès d’une partie du public. Mais sur le fond financier, son approche mérite qu’on s’y arrête sérieusement.
Les 4 quadrants Charles Gave : la boussole avant les actions

Avant de parler d’Air Liquide ou de yen japonais, il faut comprendre le moteur de la pensée de Gave. Tout repose sur ce qu’il appelle les 4 quadrants – un modèle macroéconomique qu’il affine depuis 1978.
Le principe est simple : deux variables pilotent les marchés – la croissance économique (en expansion ou en récession) et l’inflation (en hausse ou en baisse). En croisant ces deux axes, on obtient 4 configurations possibles, chacune avec ses actifs gagnants.
| Quadrant | Contexte | Actif privilégié |
|---|---|---|
| 1 | Croissance + désinflation | Actions |
| 2 | Récession + désinflation | Obligations d’État |
| 3 | Croissance + inflation | Or, matières premières |
| 4 | Récession + inflation (stagflation) | Cash, or |
Ce modèle s’inspire du portefeuille permanent de l’Américain Harry Browne, que Gave adapte à sa vision des cycles longs. L’idée centrale : ne pas mettre de capital dans l’actif qui n’a aucune chance selon le scénario en cours, et rééquilibrer tous les 7 ans environ.
La principale limite de cette approche, c’est qu’il est souvent difficile de savoir avec certitude dans quel quadrant on se trouve en temps réel. Les indicateurs économiques arrivent avec du retard, et les transitions entre quadrants peuvent être brutales. C’est une boussole, pas un GPS.
Quelle est la composition exacte du portefeuille IDL de Charles Gave ?
Le portefeuille IDL – pour Institut des Libertés, son think tank – est aussi appelé portefeuille antifragile. Il repose sur 3 classes d’actifs décorrélés, pensées pour se compenser mutuellement selon les cycles.
En 2025-2026, la répartition est la suivante :
- 50 % en actions françaises (10 grandes capitalisations)
- 25 % en or physique
- 25 % en liquidités en yen japonais
La poche en yen est la plus récente évolution du portefeuille. Elle remplace d’anciennes positions en obligations chinoises, jugées trop risquées dans le contexte géopolitique actuel.
Gave considère le yen comme chroniquement sous-évalué de 30 à 50 %, avec un potentiel de revalorisation important si la Banque du Japon modifie sa politique monétaire.
La logique d’ensemble est élégante : les multinationales françaises captent la rentabilité du capital mondial, l’or protège contre la destruction des monnaies (une certitude pour Gave), et les deux poches défensives se comportent bien quand les actions dévissent.
C’est ce mécanisme qui explique la très faible volatilité du portefeuille IDL.
Quelles sont les 10 actions Charles Gave ?

Gave ne choisit pas des entreprises françaises par patriotisme. Il les choisit parce qu’elles sont de vraies multinationales peu dépendantes de l’État, bien gérées, avec une exposition significative à l’Asie et aux marchés émergents.
Les 10 valeurs du portefeuille antifragile sont : Air Liquide, L’Oréal, Schneider Electric, Pernod Ricard, TotalEnergies, Capgemini, Accor, LVMH, Sodexo et Danone. Toutes sont éligibles au PEA, ce qui permet de bénéficier d’une exonération d’impôt sur les plus-values après cinq ans de détention.
Le principe de sélection peut se transposer ailleurs. Gave lui-même suggère de prendre les 10 premières capitalisations de marchés comme Singapour, Hong Kong ou le Japon pour répliquer le concept IDL en dehors de la France.
Ce n’est pas l’entreprise qui compte, c’est le profil : solide, internationale, peu dépendante des décisions politiques locales.
Charles Gave portefeuille 2026 : comment répliquer ce portefeuille avec des ETF ?
Tout le monde n’a pas envie de gérer 10 lignes en direct. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut s’approcher de la philosophie Gave avec des ETF, même depuis un compte-titres ordinaire ou un PEA.
- Pour la poche actions : un ETF CAC 40 ou grandes capitalisations européennes
- Pour l’or : Gave préfère la détention physique pour éviter les risques de contrepartie, mais un ETF répliquant le cours de l’or reste une alternative accessible
- Pour le yen : un ETC répliquant la performance JPY/EUR, ou un compte multidevises type Revolut pour convertir une partie de son épargne
- Pour l’exposition asiatique : Gave cite lui-même le fonds Gavekal Asian Opportunities UCITS Fund (disponible en euros) comme proxy pour capturer la croissance asiatique
Des membres de la communauté suivent et publient ce portefeuille en temps réel sur des plateformes comme Finary ou Moning, ce qui facilite le suivi sans avoir à tout calculer soi-même.
Quelles sont les performances portefeuille charles gave ?

L’honnêteté s’impose ici. Les chiffres mis en avant par Gave lui-même – jusqu’à 32,5 % de rendement annuel pour la stratégie antifragile – doivent être lus avec du recul. Ce type de performance est lié à des conditions de marché spécifiques et ne se reproduit pas mécaniquement.
Ce que l’on peut dire avec plus de confiance, c’est que l’objectif affiché par Gave n’est pas de devenir riche rapidement. Il vise une rentabilité réelle de 3 à 5 % par an, avec une perte maximale contenue entre 8 et 12 % entre un plus haut et un plus bas. C’est modeste mais cohérent pour une stratégie de préservation du capital.
Depuis 2020, le portefeuille IDL affiche une volatilité environ 30 % inférieure aux indices actions et a traversé trois crises majeures sans perte définitive : le COVID-19, le retour de l’inflation en 2022 et les tensions liées à la guerre en Ukraine.
Des analyses indépendantes soulignent en revanche que les fonds Gavekal Capital, comparés à un simple ETF S&P 500, ont parfois sous-performé – ce qui rappelle que même les meilleurs gérants actifs peinent à battre durablement le marché.
Peut-on faire confiance à Charles Gave ?
La question mérite une réponse franche, pas une esquive. Ce qui rend Gave crédible sur le fond, c’est la transparence totale de sa méthode : les principes du portefeuille IDL sont publics, gratuits, expliqués en détail sur l’Institut des Libertés. Il ne vous vend rien pour accéder à l’essentiel.
Ce qui peut légitimement interroger, c’est le mélange des genres entre analyse financière et convictions politiques très marquées.
Quand un économiste enchaîne les prises de position clivantes sur l’euro, l’immigration ou les partis politiques, il devient difficile de séparer la boussole macro de l’idéologie. Ce n’est pas une raison de tout rejeter, mais c’est une raison de garder l’esprit critique.
Sur la méthode elle-même, les 4 quadrants sont une grille de lecture solide, reconnue dans la littérature financière – Ray Dalio a d’ailleurs développé des réflexions très proches avec son portefeuille All Weather. Mais aucun modèle ne prédit l’avenir.
Les transitions de quadrant arrivent parfois sans prévenir, et la discipline nécessaire pour tenir la stratégie dans les mauvaises périodes est souvent sous-estimée.
En clair : ses principes de base valent la peine d’être étudiés sérieusement. Ses prévisions macro spécifiques, elles, méritent d’être prises comme une piste de réflexion – pas comme une vérité absolue. C’est vrai pour lui comme pour n’importe quel autre économiste, aussi médiatique soit-il.
Comment appliquer concrètement cette stratégie en 2026 ?

Si vous débutez, commencez par assimiler les principes avant de copier les positions. La diversification entre classes d’actifs décorrélées, le rééquilibrage régulier, la préférence pour des entreprises peu dépendantes de l’État : ce sont des fondamentaux valables quelle que soit votre taille de portefeuille.
Si vous avez déjà de l’expérience, envisagez une structure en 3 poches : actions multinationales éligibles PEA, or physique ou ETF or, et une devise refuge comme le yen. Un rééquilibrage annuel suffit dans la plupart des cas. L’objectif n’est pas de spéculer sur les cycles, mais de construire quelque chose qui tient dans le temps.
Une dernière chose à garder en tête : ni cet article, ni Charles Gave lui-même ne constituent un conseil en investissement personnel. Votre situation – horizon de placement, fiscalité, tolérance au risque – est unique. La stratégie IDL est une inspiration, pas un modèle à copier-coller sans réfléchir.











