En tant que fonctionnaire, vous avez peut-être déjà reçu une plaquette vantant les mérites de la Préfon – ou entendu un collègue vous dire d’éviter ça comme la peste. Les avis sur ce dispositif sont parmi les plus contradictoires qui soient dans le monde de l’épargne retraite.
Entre les partisans de l’avantage fiscal et les déçus qui voient leur rente perdre du pouvoir d’achat année après année, la vérité se trouve quelque part au milieu. Voici ce que le contrat propose vraiment, ce qu’il coûte, et si vous devriez y adhérer – ou regarder ailleurs.
Est-ce que Préfon est intéressant ?
Le Préfon – contraction de « prévoyance » et de « fonction publique » – est un produit d’épargne retraite créé en 1964, réservé aux agents du secteur public.
Il est né de l’association de quatre syndicats de la fonction publique – FO, CGC, CFTC et CFDT – avec le soutien de la Direction générale de la Fonction publique et de la Caisse des dépôts et consignations.
Son existence répond à un problème concret : les fonctionnaires voient leur retraite calculée uniquement sur leur traitement de base.
Les primes et indemnités – qui représentent parfois 20 à 40 % de leur rémunération – ne rentrent pas dans le calcul. La Préfon est née pour combler ce vide et éviter une chute trop brutale de revenus au moment du départ.
Depuis le 1er décembre 2019, conformément à la loi PACTE, le contrat Préfon-Retraite a été transformé en PER Préfon pour intégrer les nouvelles règles du Plan d’Épargne Retraite. Le fonctionnement reste le même – système à points – mais les modalités de sortie ont été élargies.
Qui peut cotiser et quel est le montant de la cotisation Préfon ?

Le contrat est ouvert à tous les agents de la fonction publique au sens large : titulaires, contractuels, anciens fonctionnaires, conjoints et partenaires de Pacs de fonctionnaires, et même veufs ou veuves. L’adhésion est possible de 18 à 69 ans.
Lorsque vous adhérez, vous choisissez parmi 18 classes de cotisations. La cotisation minimale démarre à 19 euros par mois – soit 228 euros par an – et peut atteindre 1 900 euros mensuels pour les classes les plus élevées.
Chaque année au 1er janvier, vous pouvez changer de classe, suspendre vos versements ou les reprendre, sans pénalité. Un élément important à retenir : le point Préfon est plus onéreux à mesure que l’âge avance. Adhérer jeune est donc nettement plus rentable.
En complément des versements programmés, des versements ponctuels volontaires sont possibles, notamment pour racheter des années non cotisées dans le passé.
Préfon avantages et inconvénients : le bilan honnête
Les atouts de la Préfon sont réels, mais concentrés sur des profils spécifiques. Premier avantage et souvent le plus cité : la déductibilité fiscale des cotisations.
Chaque euro versé vient réduire votre base imposable, dans la limite de 10 % de vos revenus professionnels nets, plafonnée à 37 094 euros en 2024. Plus votre taux marginal d’imposition est élevé, plus cet avantage est concret.
Deuxième atout : la garantie du montant de la rente. Pour chaque euro cotisé, la rente que vous percevrez à partir de 60 ans est connue à l’avance et garantie de ne pas subir de dépréciation. Préfon s’engage à maintenir en permanence un taux de couverture de 100 % – et au 31 décembre 2025, ce taux était de 133,2 %. C’est rassurant sur la solidité du régime.
Troisième point favorable peu connu : les frais d’arrérages – prélevés à chaque versement de rente – sont gratuits à la Préfon. Sur un PER classique, ces frais peuvent atteindre 3 % à chaque versement, ce qui s’accumule sur des années de retraite.
Mais les inconvénients sont sérieux. Les frais de versement atteignent 3,90 % – parmi les plus élevés du marché, alors que les meilleurs PER en ligne sont à 0 %.
Sur les cinq dernières années, le rendement du PER Préfon n’a pas été significativement supérieur à celui du Livret A (qui servait 2,40 % en 2025), ce qui est problématique pour un placement bloqué sur des décennies.
Et vous ne pouvez pas choisir comment votre argent est placé : vous cotisez, les assureurs gèrent, vous accumulez des points.
Le scandale Préfon : qu’y a-t-il vraiment derrière ce mot ?

Le terme revient régulièrement sur les forums et forums d’adhérents, et il mérite qu’on l’examine sérieusement plutôt que de l’esquiver.
Le premier grief est l’opacité de gestion. Un professionnel travaillant dans l’une des compagnies qui gèrent les fonds Préfon témoigne publiquement que les rendements obtenus par les gestionnaires ne sont pas communiqués aux adhérents, ce qui rend tout contrôle impossible.
Ce manque de transparence sur la performance réelle des placements est documenté et régulièrement critiqué.
Le deuxième problème est structurel. Les régimes à points comme la Préfon ont subi de plein fouet la baisse des taux obligataires et l’allongement de l’espérance de vie. Résultat : pour maintenir l’équilibre, les assureurs ont relevé le prix du point tout en réduisant la valeur de la rente servie.
Autrement dit, un nouvel adhérent paie aujourd’hui plus cher pour obtenir une rente plus faible que ses aînés – ce qui crée une forme de solidarité intergénérationnelle contrainte, non expliquée clairement.
Enfin, des adhérents déjà en phase de liquidation signalent que leur rente ne suit pas l’inflation. En 2022, avec 6 % d’inflation, beaucoup ont subi une perte de pouvoir d’achat réelle sans revalorisation correspondante.
Des témoignages documentent aussi des délais de traitement très longs au moment de la demande de liquidation. Ces problèmes n’en font pas un produit illégal – mais ils justifient la prudence.
Quelle est la différence entre le PER et la Préfon ?
Le PER Préfon et le PER individuel partagent la même enveloppe fiscale depuis la loi PACTE, mais leur fonctionnement concret est très différent.
| Critère | PER Préfon | PER individuel classique |
|---|---|---|
| Frais de versement | 3,90 % | 0 % sur les meilleurs contrats |
| Frais d’arrérages (rente) | Gratuit | Jusqu’à 3 % |
| Gestion de l’épargne | Système à points, aucune liberté | Libre ou pilotée selon profil |
| Déblocage anticipé | Dès 52 ans pour certains agents | À partir de 62 ans généralement |
| Accès | Fonctionnaires uniquement | Tout le monde |
La grande particularité du Préfon reste la liquidation possible dès 52 ans pour certains agents, et encore plus tôt pour les militaires. Aucun PER du marché ne propose cela – c’est un avantage structurel réel pour les agents concernés.
Comment se passe la liquidation du contrat Préfon ?

En dehors de situations exceptionnelles, l’épargne reste bloquée jusqu’à la retraite. Vous pouvez alors choisir une sortie en rente viagère, en capital, ou une combinaison des deux – une option ajoutée depuis la loi PACTE.
Les cas de déblocage anticipé autorisés sont les suivants : décès du conjoint ou partenaire de Pacs, invalidité, surendettement, cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire, expiration des droits à l’assurance chômage, et acquisition de la résidence principale.
Un point souvent ignoré : il existe un âge limite de liquidation obligatoire, calculé selon les tables INSEE d’espérance de vie au moment de l’adhésion, moins 15 ans.
Par exemple, un homme de 40 ans adhérant en 2021 avec une espérance de vie estimée à 91 ans devra liquider son contrat au plus tard à 76 ans. Cette date est précisée sur chaque bulletin de situation de compte.
Quel est le classement de Préfon dans le classement des per ?
La réponse dépend entièrement de votre profil. La Préfon est pertinente dans des cas précis :
- Vous êtes fortement imposé – taux marginal à 30 % ou plus – et la déduction fiscale immédiate représente un gain concret chaque année.
- Vous êtes militaire ou agent pouvant partir avant 62 ans, et vous ne trouvez pas d’équivalent sur le marché du PER classique.
- Vous souhaitez une rente garantie et prévisible sans avoir à gérer vos placements.
En revanche, elle est beaucoup moins intéressante si vous cherchez de la performance, de la flexibilité, ou des frais compétitifs.
Sur les versements volontaires, un PER individuel bien choisi offre de bien meilleures perspectives de rentabilité, avec des fonds euros ayant servi jusqu’à 4,65 % en 2024 – contre 2,90 % pour la Préfon en 2023.
Dans les classements de PER publiés par Challenges ou Moneyvox, le contrat Préfon n’apparaît pas dans le haut du tableau face aux PER en ligne à frais réduits.
La Préfon n’est ni la panacée ni l’arnaque qu’on lit parfois. C’est un outil fiscal réel avec des limites structurelles documentées. Si vous êtes fortement imposé, proche de la retraite et que vous valorisez la sécurité d’une rente garantie, elle a encore du sens.
Si vous cherchez de la performance, de la liberté d’investissement et des frais bas, un PER individuel en ligne lui est supérieur sur presque tous les critères. Les deux peuvent même coexister selon votre situation fiscale.











