Chaque automne, les 14 millions de retraités du secteur privé scrutent la même annonce : de combien leur pension complémentaire va-t-elle augmenter au 1er novembre ? Cette année, la réponse a surpris tout le monde : de rien. Zéro. Une première depuis près de trente ans.
Quelle est la revalorisation des retraites Agirc-Arrco en 2025 ?
La réponse est brutale : il n’y en a pas. Le 17 octobre 2025, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco s’est réuni comme chaque année pour fixer le taux d’augmentation des pensions complémentaires. Cette fois, les représentants patronaux et syndicaux n’ont pas réussi à s’entendre.
Faute d’accord, les retraites complémentaires n’ont pas été revalorisées au 1er novembre 2025.
Concrètement, cela signifie que les pensions versées en novembre 2025 sont exactement les mêmes qu’en octobre. Pas un centime de plus. Pour un régime qui verse chaque année près de 100 milliards d’euros à ses bénéficiaires, c’est une décision lourde de conséquences.
Le mécanisme habituel, lui, est simple à comprendre : chaque année, la revalorisation est calculée à partir de l’inflation annuelle, à laquelle on retranche 0,4 point. Ce coefficient de prudence est là pour préserver l’équilibre financier du régime sur le long terme.
Mais encore faut-il que les partenaires sociaux se mettent d’accord pour l’appliquer.
Pourquoi les partenaires sociaux n’ont-ils pas réussi à s’entendre ?

Avec une inflation prévue à environ 1% en 2025 par l’Insee, la fourchette de revalorisation possible allait de 0,2% à 1%. Les syndicats réclamaient 1%, le patronat proposait 0,2%. Pas vraiment le même monde.
Pour tenter de débloquer la situation, les organisations syndicales ont proposé un compromis à 0,8%. Refus du patronat. Et c’est ce désaccord total qui a conduit au gel – une issue que personne n’avait vraiment anticipée.
L’argument des employeurs : la suspension de la réforme des retraites jusqu’en 2028, décidée par le gouvernement, va mécaniquement alourdir les dépenses du régime. Moins de cotisations rentrent, plus de pensions partent. Dans ce contexte, le patronat préférait la prudence maximale.
Les syndicats, eux, rétorquaient que les réserves financières de l’Agirc-Arrco sont confortables et qu’il n’y avait aucune raison objective de priver les retraités d’une hausse, même modeste. Le bras de fer n’a pas trouvé d’issue. Et ce sont les retraités qui en font les frais.
La valeur du point Agirc-Arrco en 2025 : qu’est-ce que cela change pour votre pension ?
Le régime Agirc-Arrco fonctionne par points. Tout au long de votre carrière, vous accumulez des points grâce à vos cotisations. Au moment de la retraite, votre pension se calcule en multipliant votre nombre de points par la valeur du point en vigueur.
Cette valeur, fixée à 1,4386 euro par point depuis novembre 2024, n’a pas bougé d’un centime. Elle restera à ce niveau jusqu’à fin octobre 2026 au moins. La valeur d’achat du point, qui sert à calculer les droits des cotisants encore en activité, est elle aussi gelée à 20,1877 euros.
Pour vous donner une idée concrète : un retraité qui a accumulé 10 000 points au cours de sa carrière perçoit 14 386 euros bruts par an, soit environ 1 199 euros par mois. Ce montant ne bougera pas avant la prochaine décision des partenaires sociaux, prévue à l’automne 2026.
Un peu d’histoire : l’Agirc-Arrco a-t-elle déjà gelé les pensions ?

Oui – mais c’était il y a longtemps. En 2014 et 2015, dans un contexte économique difficile, la valeur du point avait déjà été gelée. Depuis, même les années les plus tendues avaient vu une revalorisation, même symbolique. Le gel de 2025 rompt donc avec trois décennies de hausse continue.
Pour remettre les choses en perspective, voici comment ont évolué les revalorisations ces dernières années :
| Date d’effet | Taux de revalorisation |
|---|---|
| Novembre 2022 | +5,1 % |
| Novembre 2023 | +5,3 % |
| Novembre 2024 | +1,6 % |
| Novembre 2025 | 0 % (gel) |
Les hausses de 2022 et 2023 peuvent sembler généreuses. Mais elles répondaient à une inflation qui avait elle-même explosé à plus de 5% en France.
Ce n’était pas de la largesse – c’était du rattrapage. En 30 ans, selon les analyses syndicales, le rendement global du régime entre cotisation et niveau de pension a reculé de près de 40%.
Concrètement, combien cela vous coûte-t-il ?
Formulons les choses clairement : vous ne perdez pas d’argent par rapport au mois précédent. Votre pension reste identique. Mais vous ne gagnez rien alors que les prix, eux, continuent d’augmenter. C’est ce qu’on appelle une perte de pouvoir d’achat silencieuse.
Avec une inflation attendue autour de 1% en 2025, voici ce que représente concrètement l’absence de revalorisation :
| Pension mensuelle | Gain espéré à 0,8 % | Manque à gagner sur l’année |
|---|---|---|
| 500 € | +4 €/mois | environ -48 € |
| 1 000 € | +8 €/mois | environ -96 € |
| 1 500 € | +12 €/mois | environ -144 € |
Ces sommes peuvent paraître modestes. Mais pour quelqu’un qui vit avec 900 ou 1 000 euros de pension complémentaire par mois, 96 euros sur l’année, c’est une facture d’électricité. Ce n’est pas rien.
À noter que les pensions de réversion sont également concernées par ce gel. Les conjoints survivants, qui perçoivent généralement 60% de la pension du défunt, ne verront eux non plus aucune hausse sur leur part complémentaire en 2025.
Une nuance cependant : ce gel ne concerne que la retraite complémentaire. Les retraites de base du régime général, elles, ont bien été revalorisées de +2,2% au 1er janvier 2025.
Si vous cumulez les deux, votre situation n’est donc pas totalement figée – mais la partie complémentaire, souvent significative pour les anciens cadres, stagne bel et bien.
Revalorisation Agirc-Arrco 2026 : à quoi s’attendre ?

La prochaine décision des partenaires sociaux est attendue à l’automne 2026. D’ici là, la valeur du point reste bloquée à 1,4386 euro. Aucune revalorisation intermédiaire n’est prévue.
Pour 2026, les règles posées par l’accord national interprofessionnel de 2023 s’appliquent toujours : indexation sur l’inflation hors tabac, moins 0,4 point, avec la possibilité pour les partenaires sociaux d’aller jusqu’à +0,4 point supplémentaire selon la santé financière du régime.
En théorie, une hausse de l’ordre de 0,5% à 1% reste possible.
Mais le blocage de 2025 a fragilisé le dialogue social. Rien ne garantit que le scénario de l’échec ne se reproduira pas. Les tensions sur la réforme des retraites restent vives, et le patronat continue de plaider pour la prudence budgétaire face à une démographie qui pèse sur les équilibres du régime.
Du côté des retraites de base, les députés ont rejeté un projet de gel total pour 2026. Une revalorisation de 0,9% a ainsi été appliquée au 1er janvier 2026 sur le régime général, selon les chiffres de l’Insee. Un signal plutôt favorable – mais qui ne préjuge pas de ce que décidera l’Agirc-Arrco à l’automne prochain.
Que faire face à ce gel de votre pension complémentaire ?
À court terme, pas grand-chose à faire côté administratif : aucune démarche n’est nécessaire de votre part. La valeur de votre pension est appliquée automatiquement, à la hausse comme en cas de gel.
En revanche, c’est peut-être le bon moment pour vérifier votre relevé de points sur votre espace personnel Agirc-Arrco et vous assurer que tout est en ordre. Une erreur dans le décompte de points peut passer inaperçue pendant des années et se répercuter silencieusement sur votre pension.
Ce gel ne fait pas de bruit. Pas de décret officiel, pas de couverture médiatique massive. Et pourtant, pour 14 millions de retraités du privé, c’est une somme qui manque à l’appel chaque mois. La prochaine échéance, c’est novembre 2026. Et cette fois, les partenaires sociaux auront intérêt à trouver un terrain d’entente.











