Vous remboursez seul un crédit signé à deux. Chaque mois, la même somme sort de votre compte – et l’autre ne verse rien. Ce que peu de gens réalisent au moment de signer, c’est que la banque, elle, s’en moque complètement : vous êtes solidairement responsable de la totalité de la dette, pas seulement de votre moitié.
Selon LesFurets, 59 % des emprunteurs ne souscrivaient pas un crédit seul en 2019. Autant de situations où une séparation, une mésentente ou une difficulté financière peut tout faire basculer.
Quelles sont les obligations légales d’un co-emprunteur?
Dès la signature du contrat de prêt, les deux co-emprunteurs sont liés par un principe de solidarité totale. Ce n’est pas une clause parmi d’autres – c’est le fondement même du contrat aux yeux de la banque.
Concrètement, si l’un ne paie pas, l’autre doit couvrir l’intégralité des mensualités. Pas la moitié. Tout. La banque n’a aucune obligation de se retourner d’abord contre le co-emprunteur défaillant avant de réclamer au second.
Avant la signature, la loi prévoit un délai de réflexion de 10 jours pour un crédit immobilier. Ce délai existe précisément pour mesurer l’engagement pris – un engagement qui ne se divise pas.
Que se passe-t-il concrètement quand un co-emprunteur ne paie plus sa part?

Le mois où votre co-emprunteur cesse de verser sa part, la banque ne fait pas la distinction. Le prélèvement total continue d’être exigé, et si votre compte est celui qui est débité, c’est vous qui absorbez le choc.
Si le total des mensualités dépasse vos revenus disponibles, vous entrez en zone de risque. Le taux d’endettement grimpe, les incidents de paiement s’accumulent. Et une fois fiché, obtenir un nouveau crédit relève du parcours du combattant.
L’autre risque, souvent sous-estimé : votre cote de crédit se dégrade pour une dette que vous n’avez pas contractée seul. Banque, assureur, futur propriétaire bailleur – tous consulteront votre historique. Les conséquences débordent largement le seul crédit en question.
Quelles actions la banque peut-elle engager en cas de non-paiement?
La banque dispose d’un arsenal juridique qu’elle n’hésite pas à activer rapidement. Voici les recours qu’elle peut engager :
- Blocage du compte bancaire sur lequel les mensualités sont prélevées
- Saisie sur salaire prononcée par un juge à la demande de l’établissement prêteur
- Saisie de biens mobiliers ou immobiliers appartenant à l’un ou l’autre des co-emprunteurs
- Inscription au fichier de la Banque de France (FICP), qui entraîne une interdiction bancaire
Ces mesures s’appliquent aux deux co-emprunteurs solidairement, même si l’un d’eux a bien payé sa part. La solidarité joue dans les deux sens. Si vous êtes celui qui paye, vous pouvez vous retrouver malgré tout visé si le compte commun est insuffisamment provisionné.
Dès les premiers impayés, contacter la banque pour expliquer la situation reste la meilleure façon d’éviter l’escalade. Les établissements préfèrent négocier un rééchelonnement plutôt qu’engager une procédure coûteuse – mais cette fenêtre se ferme vite.
Comment se retourner contre un co-emprunteur qui ne paie pas?

Si vous assumez seul le remboursement du crédit, vous disposez d’un recours juridique : l’action en contribution à la dette. Ce mécanisme permet de réclamer au co-emprunteur défaillant le remboursement des sommes que vous avez avancées à sa place.
Concrètement, vous devrez rassembler les preuves de vos paiements – relevés bancaires, échéancier de prêt – puis saisir le tribunal judiciaire. Une mise en demeure préalable par lettre recommandée est fortement conseillée : elle constitue une preuve de tentative amiable et peut suffire à débloquer la situation.
Cette procédure prend du temps et de l’énergie. Mais sans elle, vous restez le seul à absorber une dette partagée – sans recours, sans compensation. Un avocat spécialisé en droit bancaire peut vous aider à chiffrer la créance et à optimiser votre dossier.
Notez que si la situation dégénère jusqu’à une saisie sur salaire en cours de procédure, des solutions de rachat de crédit peuvent parfois stopper la procédure – mais elles supposent que votre taux d’endettement le permette.
Mon conjoint ne paie plus le crédit : quel impact selon le régime matrimonial?
Le régime matrimonial change radicalement la donne. Tout dépend du contrat signé avant ou pendant le mariage.
| Régime matrimonial | Solidarité sur le crédit immobilier |
|---|---|
| Communauté aux acquêts (régime légal par défaut) | Solidarité automatique si le prêt a été souscrit après le mariage |
| Séparation des biens | Pas de solidarité automatique – chacun rembourse ce qu’il a contracté |
Sous le régime de la communauté aux acquêts, les deux époux sont engagés solidairement dès lors que le prêt a été souscrit après la célébration du mariage. Votre conjoint ne paie plus sa part? La banque vous réclame la totalité.
Sous la séparation des biens, si votre nom seul figure sur le contrat de prêt, vous en êtes le seul redevable. Si vous êtes tous les deux co-emprunteurs, la solidarité s’applique malgré tout – c’est le contrat de prêt qui prime, pas le régime matrimonial.
Qui doit payer le crédit immobilier en cas de séparation ou de divorce?

C’est l’erreur la plus fréquente : croire que le divorce règle automatiquement la question du crédit. Faux. Selon Service-Public.fr, la séparation ou le divorce ne met pas fin au contrat de prêt, ni à la solidarité entre co-emprunteurs.
En France, environ 425 000 séparations conjugales ont lieu chaque année. Chacune de ces situations laisse potentiellement un crédit commun en suspens. La garantie de co-emprunteur perdure, que le couple ait été marié, pacsé ou en union libre.
Le juge aux affaires familiales peut fixer une obligation de contribution entre ex-partenaires, mais la banque, elle, n’est pas liée par cette décision. Si votre ex ne paie plus, vous restez exposé – quelle que soit l’ordonnance rendue.
Comment se désolidariser d’un crédit immobilier après une séparation?
La désolidarisation consiste à retirer un co-emprunteur du contrat de prêt pour ne laisser qu’un seul titulaire. C’est techniquement possible, mais la banque fixe ses propres conditions.
Voici les étapes classiques du processus :
- Formuler une demande officielle auprès de l’établissement prêteur
- Fournir les justificatifs de revenus du co-emprunteur qui reste (bulletins de salaire, avis d’imposition)
- Prouver que le taux d’endettement du seul titulaire restant ne dépasse pas 35 % – seuil fixé par les recommandations du Haut Conseil de Stabilité Financière et appliqué par la quasi-totalité des banques
- Obtenir l’accord formel de la banque (qui n’est jamais acquis d’avance)
Si votre taux d’endettement seul dépasse ce seuil, la banque refusera la désolidarisation. Dans ce cas, un regroupement de crédits peut réduire la mensualité globale et vous permettre de repasser sous la barre des 35 %.
Que faire si mon ex ne paie plus le crédit immobilier?

Trois solutions principales existent, chacune avec ses contraintes.
- Le rachat de soulte : vous rachetez la part de votre ex dans le bien immobilier et reprenez le crédit seul. Cela suppose un accord sur la valeur du bien et la capacité financière de porter seul la dette.
- Le remboursement anticipé : vous soldez le crédit en totalité, souvent grâce à la vente du bien. Les indemnités de remboursement anticipé sont plafonnées à 6 mois d’intérêts ou 3 % du capital restant dû – un coût à intégrer dans le calcul.
- La vente du bien : si aucun accord n’est possible, la vente permet de rembourser le crédit et de clore définitivement la solidarité. C’est souvent la solution la plus propre, même si elle implique de lâcher le bien.
Pour estimer l’impact d’un remboursement anticipé ou d’une renégociation sur vos mensualités, une simulation de renégociation de prêt peut vous donner une base chiffrée avant de négocier avec votre banque.
L’assurance emprunteur peut-elle couvrir le défaut de paiement d’un co-emprunteur?
L’assurance emprunteur couvre les risques définis au contrat – décès, invalidité, incapacité de travail – pas le simple refus de payer. Un co-emprunteur qui arrête de verser sa part par mauvaise volonté ou lors d’une séparation ne déclenche aucune garantie.
En revanche, la répartition des quotités d’assurance est un levier important. Le contrat doit couvrir 100 % du prêt au total. Si la couverture est répartie à 50/50 et que l’un des co-emprunteurs se retrouve en incapacité totale de travail, l’assurance ne prendra en charge que 50 % des mensualités – vous devrez assumer l’autre moitié.
C’est pourquoi une répartition asymétrique – 70/30 ou même 100 % sur la tête du co-emprunteur aux revenus les plus élevés – peut avoir du sens dès la souscription. La quotité choisie au départ engage toute la durée du prêt. Mieux vaut y réfléchir avant que la situation se complique.
Un crédit souscrit à deux n’est jamais qu’une question de confiance mutuelle – c’est un contrat qui lie chacun à hauteur de 100 %, avec ou sans l’autre.











