Vous recevez plusieurs emails publicitaires par jour, sans vous souvenir d’y avoir souscrit. L’expéditeur change à chaque fois. Et le bouton « se désabonner » ne fait qu’aggraver les choses. Derrière ce scénario, souvent, une seule entité : Critelab.
Qu’est-ce que Critelab?
Critelab Pte Ltd est une agence de data marketing spécialisée dans l’email publicitaire, enregistrée à Singapour le 8 novembre 2013. Son numéro UEN est 201330237M, son capital social atteint à peine 1 000 SGD – ce qui contraste fortement avec l’échelle de ses opérations déclarées.
L’entreprise revendique une base de données e-commerce qu’elle présente comme la plus grande au monde, couvrant plus de 500 millions de consommateurs. Son modèle consiste à constituer des audiences ciblées par centres d’intérêt produits, puis à envoyer des campagnes publicitaires pour le compte de marques tierces.
Parmi ses clients référencés : SNCF, Lidl, Air France, Club Med, Nocibé. Selon ZoomInfo, Critelab travaillerait avec plus de 120 annonceurs.
Ces marques connues lui délèguent leurs campagnes emailing – ce qui explique pourquoi vous pouvez recevoir un email estampillé « Air France » alors que vous n’avez jamais communiqué votre adresse à Air France directement.
Comment Critelab collecte et utilise vos données?

Critelab ne vend pas de produits. Elle vend de l’audience. Son modèle technique repose sur la constitution de segments comportementaux à partir de données de navigation, d’achats en ligne ou de formulaires remplis sur des sites partenaires. L’IA est utilisée pour affiner les ciblages et optimiser les taux d’ouverture.
Le consentement est le point de friction central. Le RGPD exige un consentement explicite, libre et éclairé pour tout traitement de données à caractère personnel à des fins de prospection commerciale. La question qui revient dans les témoignages est simple : à quel moment avez-vous donné votre accord à Critelab pour recevoir ces emails ?
La réponse est rarement claire. Les données sont souvent collectées via des cases pré-cochées sur des sites tiers, ou via des mentions légales peu visibles autorisant la transmission à des « partenaires commerciaux ».
Ce mécanisme, techniquement légal selon certaines interprétations, est régulièrement contesté par les autorités de protection des données en Europe.
Avis et retours utilisateurs sur Critelab
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur Trustpilot, Critelab affiche une note de 1,4/5 sur la base de 37 avis. Le détail est encore plus parlant : 100 % des notes attribuées sont des étoiles uniques. Pas un seul avis à 2, 3, 4 ou 5 étoiles.
Sur signal-arnaques.com, on dénombre 28 signalements et 31 commentaires. Les griefs sont homogènes : réception d’emails non sollicités en grande quantité, impossibilité effective de se désabonner, et doutes sur la légalité des pratiques au regard du RGPD.
Sur Discuton.com, les votes sont divisés mais révélateurs :
- 40 % des votants jugent le site « suspect »
- 15 % l’estiment carrément « faux »
- 15 % ont un avis défavorable
- Seulement 30 % expriment un avis favorable
Les témoignages concrets rapportent des situations comme celle-ci : « Je reçois 4 à 5 mails par jour depuis des semaines. J’ai cliqué sur ‘se désabonner’ trois fois. Rien n’a changé. » GoWork.fr recense 182 avis sur la société, avec des descriptions similaires des pratiques d’envoi massif.
Pourquoi est-il si difficile de se désabonner de Critelab?

Le problème technique est réel. L’adresse d’expédition change à chaque envoi. Concrètement, chaque email provient d’un sous-domaine ou d’une adresse différente, générée dynamiquement. Bloquer « newsletter@critelab.com » ne sert à rien puisque le prochain mail arrivera depuis une autre adresse.
Le lien de désinscription, lui, semble fonctionner en surface. Vous cliquez, un message confirme « votre désinscription a bien été prise en compte ». Et les emails continuent d’arriver. Plusieurs utilisateurs rapportent avoir répété cette démarche 5 à 10 fois sans résultat.
Cette architecture d’envoi – domaines rotatifs, confirmation factice – rend les outils classiques de filtrage inopérants. Vous ne pouvez pas créer une règle de messagerie sur l’expéditeur puisqu’il n’est jamais le même. Vous ne pouvez pas vous fier au processus de désinscription puisqu’il ne produit pas d’effet.
Cliquer sur se désabonner aggrave souvent la situation
C’est le conseil que donnent les experts en sécurité informatique et les spécialistes anti-spam depuis des années : cliquer sur un lien de désinscription dans un email douteux confirme que votre adresse est active. C’est une information de valeur pour un expéditeur de spam.
Concrètement, votre clic envoie un signal : cette adresse est lue, elle est valide, son propriétaire y réagit. Dans certains scénarios, cela peut conduire à une augmentation du volume d’emails reçus, ou à la revente de votre adresse comme « confirmée » à d’autres annonceurs.
Les alternatives recommandées sont les suivantes :
- Signaler directement les emails comme spam via votre client mail (Gmail, Outlook, etc.) sans ouvrir les liens
- Créer un filtre basé sur des mots-clés présents dans l’objet ou le corps des messages
- Utiliser une adresse email secondaire pour les inscriptions sur des sites tiers
- Ne jamais cliquer sur un lien contenu dans un email non sollicité avant d’avoir exercé vos droits par voie officielle
Comment supprimer Critelab et exercer vos droits légaux?

Vous disposez de recours concrets, encadrés par deux textes : le RGPD au niveau européen, et la Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique (LCEN) au niveau français. Ces textes ne sont pas optionnels pour une société qui cible des résidents européens, même si elle est domiciliée à Singapour.
L’article 17.1 du RGPD vous donne le droit à l’effacement de vos données personnelles. Vous pouvez adresser une demande formelle à Critelab, en précisant votre adresse email et en exigeant la suppression de toutes les données vous concernant. L’organisme dispose alors d’un délai maximal d’un mois pour répondre et donner suite.
Si vous n’obtenez pas de réponse satisfaisante dans ce délai, voici les étapes suivantes :
- Déposer une plainte auprès de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés)
- Joindre les preuves : captures d’écran des emails, date de la demande d’effacement, absence de réponse
- La CNIL contacte alors le DPO (Délégué à la Protection des Données) de la société concernée
- En cas de manquement avéré, des sanctions administratives peuvent être prononcées
La CNIL a déjà sanctionné des acteurs du marketing par email pour défaut de consentement ou non-respect du droit à l’effacement. Le fait que Critelab soit enregistrée à Singapour ne la met pas hors de portée : dès lors qu’elle traite des données de personnes résidant en UE, le RGPD s’applique.
Votre boîte mail ne devrait pas être un terrain de chasse ouvert. Exercer vos droits n’est pas une démarche compliquée – c’est une obligation que la loi impose à ceux qui utilisent vos données sans vous avoir vraiment demandé la permission.











