Vous vous levez un matin, et en branchant la cafetière, plus rien ne marche. Vous ouvrez le placard électrique et découvrez des câbles rongés. Quelques jours plus tard, une odeur nauséabonde envahit la cuisine et, en inspectant sous l’évier, vous tombez sur des crottes et des traces de dents sur les tuyaux. Pas de doute : des rats ou des souris se sont invités chez vous.
Et là, une question s’impose : est-ce que mon assurance va couvrir tout ça ? Les nuisibles ne sont pas seulement une gêne, ils peuvent provoquer de vrais désastres matériels et financiers.
Pourtant, l’assurance habitation ne se montre pas toujours généreuse face à ce type de sinistre. Décryptons ensemble cette réalité un peu inconfortable.
Qui sont les rongeurs, quels types de dégâts ils causent
Les rongeurs, rats et souris en tête, vivent au rythme de leurs dents, qui poussent en continu. Pour les user, ils grignotent tout ce qui leur passe sous la mâchoire : bois, plastique, métal fin et, bien sûr, câbles électriques.
Selon l’INRAE, un seul rat peut causer plus de 30 euros de dégâts matériels par mois s’il est laissé sans contrôle. Cela peut sembler anecdotique, mais imaginez une colonie entière…
Les dommages sont multiples. Sur le plan électrique, un câble rongé peut provoquer des courts-circuits, voire un incendie.
En plomberie, des tuyaux percés entraînent des fuites et des inondations. Dans l’isolation, les rats creusent des galeries, réduisant l’efficacité énergétique de la maison. Et ne parlons pas des meubles, tissus ou provisions qu’ils contaminent.
On estime qu’en Europe, les rongeurs seraient responsables de près de 20 % des incendies d’origine électrique. De quoi relativiser leur apparente petite taille.
Au-delà du matériel, il y a le problème sanitaire. Les rats transportent plus de 60 maladies transmissibles à l’homme.
Cela ne se limite donc pas à une nuisance domestique : c’est aussi un enjeu de santé publique. Mais du point de vue de l’assurance, ce qui compte, ce sont les factures liées aux dégâts matériels et aux réparations.
Est-ce que l’assurance habitation prend en charge la dératisation ?
La dératisation, c’est l’intervention d’un professionnel qui installe pièges, appâts et parfois traitements chimiques pour éliminer les rongeurs.
C’est une opération nécessaire, mais coûteuse : en moyenne entre 150 et 400 euros pour une maison individuelle, selon la taille et le niveau d’infestation. Mais la mauvaise nouvelle, c’est que la plupart des assurances habitation standard n’incluent pas la prise en charge de ces frais.
En effet, les contrats multirisques habitation couvrent les sinistres soudains et accidentels (incendie, dégât des eaux, cambriolage), mais les nuisibles relèvent davantage de l’entretien courant. Les assureurs considèrent qu’il est de la responsabilité du propriétaire ou du locataire de prévenir les infestations.
Un peu comme on entretient sa chaudière ou on nettoie ses gouttières : ce n’est pas un accident imprévisible, mais une tâche d’entretien.
Cela dit, certains assureurs innovants proposent désormais des options « garantie nuisibles ». C’est le cas d’assurances en ligne ou de formules premium qui incluent une intervention de dératisation ou de désinsectisation, parfois plafonnée à quelques centaines d’euros par an.
Mais ces options restent minoritaires et nécessitent souvent une souscription spécifique. En clair, ne partez pas du principe que votre assurance paiera l’exterminateur : vérifiez votre contrat avant d’appeler un dératiseur.
Qui rembourse les dégâts causés par des rats ?
La réponse est moins simple qu’on pourrait le croire. Dans la majorité des cas, les dommages causés par les rongeurs sont exclus des garanties de base. Si vos câbles électriques sont rongés, votre assurance habitation refusera probablement de vous indemniser, en invoquant la cause : un défaut d’entretien et non un sinistre accidentel.
Pourtant, il existe des exceptions. Si le dégât déclenche un sinistre reconnu, par exemple un incendie provoqué par un câble rongé, alors l’assurance incendie peut entrer en jeu.
Autrement dit, le dommage indirect (l’incendie) est couvert, même si la cause (les rats) ne l’est pas. Un raisonnement juridique qui peut sembler tordu, mais qui fait la différence sur votre indemnisation.
En revanche, si vos meubles sont souillés, vos isolants endommagés ou vos provisions détruites, vous aurez bien du mal à obtenir réparation. Les assureurs rappellent que les rongeurs se faufilent souvent par des points d’entrée connus (bouches d’aération, fissures, caves) et que l’absence de mesures préventives joue contre l’assuré.
Résultat : la plupart des sinistres liés aux rats restent à la charge du propriétaire ou du locataire, sauf option particulière souscrite.
Responsabilité locataire / propriétaire

La question de la responsabilité est un vrai sujet, surtout en location. Selon la loi française, le propriétaire doit fournir un logement « décent », exempt de risques sanitaires manifestes. Une infestation massive de rongeurs pourrait donc engager sa responsabilité.
Cependant, le locataire a lui aussi des obligations : maintenir la propreté, éviter d’attirer les nuisibles, signaler rapidement tout problème.
Un exemple concret : un immeuble ancien en centre-ville, où des rats s’infiltrent régulièrement par les caves. Si le propriétaire ne fait pas intervenir une société de dératisation malgré les plaintes, sa responsabilité peut être engagée, et il devra prendre en charge les frais.
À l’inverse, si le locataire accumule des déchets dans sa cuisine, favorisant l’infestation, c’est lui qui est responsable. Dans les copropriétés, la question se complique encore : les parties communes (caves, gaines techniques) sont à la charge du syndic, tandis que les parties privatives restent sous la responsabilité de l’occupant.
Il existe même des cas de contentieux portés devant les tribunaux, où des locataires ont obtenu gain de cause contre des bailleurs négligents. Cela prouve que la responsabilité n’est pas seulement une question d’assurance, mais aussi de gestion immobilière et de droit du logement.
Démarches à suivre en cas de dégâts ou d’infestation
- Face à une invasion de rongeurs, le premier réflexe est de réagir vite. Plus vous attendez, plus les dégâts augmentent. Commencez par collecter des preuves : photos des câbles rongés, vidéos des nuisibles, factures de réparation. Ces éléments serviront pour votre assurance, mais aussi pour prouver votre bonne foi si un litige survient.
- Ensuite, vérifiez votre contrat d’assurance habitation. Recherchez des mentions comme « exclusion nuisibles », « garantie animaux », ou « option dératisation ». Si une couverture existe, contactez immédiatement votre assureur et déclarez le sinistre dans les délais (généralement cinq jours ouvrés). Joignez vos preuves, devis et rapports éventuels d’un professionnel.
- Enfin, engagez une société spécialisée. Même si l’assurance refuse de payer, vous devez agir pour éviter une aggravation. Conservez toutes les factures : elles peuvent vous être utiles si vous engagez un recours contre votre propriétaire, votre locataire ou votre syndic. Et surtout, elles démontrent que vous avez pris vos responsabilités.
Exemples de contrats ou d’offres spécifiques

Certains assureurs commencent à inclure des garanties nuisibles dans leurs formules. Par exemple, certaines néo-assurances proposent une prise en charge de 200 à 300 euros par an pour des interventions de dératisation ou désinsectisation.
D’autres offrent un service d’assistance : un numéro d’urgence à appeler, qui dépêche un professionnel à domicile. Mais attention : ces couvertures restent limitées, souvent plafonnées et conditionnées à certaines espèces (rats, mais pas toujours les fouines ou les pigeons).
À l’inverse, la majorité des contrats classiques continuent d’exclure totalement les dégâts liés aux rongeurs. Cela explique pourquoi beaucoup de Français découvrent, trop tard, qu’ils doivent payer de leur poche.
Selon une enquête de 2021, près de 70 % des assurés ignoraient que leur contrat excluait les nuisibles. Une ignorance coûteuse, quand on sait que le coût moyen d’une intervention complète de dératisation peut dépasser les 500 euros, sans compter les réparations.
L’important est donc d’être proactif : demander à son assureur si une option existe, comparer les offres, et ne pas hésiter à payer un petit supplément si vous vivez dans une zone à risque (centre-ville ancien, campagne, zone portuaire).
Prévention : éviter les dégâts et limiter les litiges
La meilleure arme contre les rats, c’est la prévention. Concrètement, cela signifie boucher les trous et fissures, installer des grilles aux bouches d’aération, ranger les aliments dans des contenants hermétiques, sortir les poubelles régulièrement.
Ces gestes simples réduisent déjà de moitié le risque d’infestation. Les spécialistes conseillent aussi d’entretenir les caves et jardins, car les rats adorent les zones encombrées et sombres.
En copropriété, une politique commune est indispensable. Si chacun laisse traîner ses poubelles, l’effort individuel devient inutile. C’est pourquoi les syndics organisent souvent des campagnes de dératisation annuelles, même préventives. Cela coûte moins cher qu’une intervention d’urgence, et évite les conflits entre voisins.
Enfin, sachez qu’un logement bien entretenu est un argument solide face à votre assurance. Si vous prouvez que vous avez fait le nécessaire pour prévenir l’infestation, vous aurez plus de chances de négocier une prise en charge partielle en cas de litige.
Prévenir n’est pas seulement une question de santé ou de confort : c’est aussi une stratégie juridique et financière.
Conclusion
Les dégâts causés par les rats sont un vrai casse-tête pour les assurés. En règle générale, ni les réparations ni la dératisation ne sont couvertes par défaut, sauf option spécifique.
Cela laisse souvent les particuliers seuls face aux coûts. Pourtant, entre les responsabilités du locataire, celles du propriétaire et les obligations du syndic, des recours existent. La clé, c’est de connaître ses droits, d’agir vite et de documenter chaque étape.
Ne sous-estimez jamais la capacité destructrice des rongeurs : un simple câble rongé peut coûter des milliers d’euros en réparations.
Alors, au lieu d’espérer que votre assurance prenne tout en charge, adoptez une démarche proactive : prévention, vigilance et lecture attentive de vos contrats. Car au fond, mieux vaut investir dans quelques grilles anti-rats aujourd’hui que de reconstruire un pan de maison demain.











