Électricité : comment la stratégie gouvernementale pourrait doubler votre facture d’ici 2035

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La France s’apprête à engager 300 milliards d’euros sur quinze ans dans sa politique énergétique – sans que les Français aient jamais voté pour ce choix. Pendant ce temps, Vincent Berger, haut-commissaire à l’Énergie atomique, lâche une projection qui mérite qu’on s’y arrête : votre facture d’électricité pourrait doubler d’ici 2035.

Ce que prévoit vraiment la PPE3 pour les ménages français

La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie 3 (PPE3) fixe la feuille de route énergétique de la France jusqu’en 2035. Le document, publié par le gouvernement en février 2026, couvre deux cycles de cinq ans et engage des investissements massifs sur trois fronts : le nouveau nucléaire, le déploiement accéléré des énergies renouvelables, et la modernisation des réseaux de distribution.

Sur le papier, les objectifs sont clairs : réduire la dépendance aux énergies fossiles, décarboner le mix électrique et répondre à une demande en hausse structurelle liée à l’électrification des usages (véhicules électriques, pompes à chaleur, data centers). Ce que le document explicite moins clairement, c’est qui finance la transition.

La réponse, sans surprise, c’est le consommateur final – c’est-à-dire vous.

Le doublement de la facture d’électricité est-il inévitable d’ici 2035?

L’alerte vient d’un homme peu suspect de catastrophisme. Vincent Berger, haut-commissaire à l’Énergie atomique, a déclaré en avril 2025 – selon Le Point et Selectra – que les ménages français pourraient voir leur facture d’électricité doubler à horizon 2035 si la trajectoire actuelle se maintient.

Pour situer l’enjeu en chiffres concrets : un ménage qui paie aujourd’hui environ 1 400 euros par an d’électricité pourrait se retrouver à 2 800 euros en dix ans. C’est une charge supplémentaire de 1 400 euros annuels, soit plus que le coût moyen d’une mutuelle santé individuelle.

Le mécanisme est bien documenté. Le prix du kWh en France intègre plusieurs composantes : le coût de production, les taxes (TICFE, TVA) et les charges de réseau. C’est sur ces deux derniers postes que la pression va s’exercer le plus fortement, à mesure que les investissements de la PPE3 devront être amortis.

Quels choix énergétiques expliquent une telle hausse prévisible?

Quatre facteurs structurels se cumulent pour produire cette trajectoire de prix.

  • Le coût du nouveau nucléaire : les six premiers EPR2 prévus affichent déjà des devis en forte progression par rapport aux estimations initiales. EDF évalue le programme à environ 67 milliards d’euros pour les six premiers réacteurs, un chiffre susceptible de grimper selon les retours d’expérience de Flamanville.
  • Le déploiement des renouvelables : éolien offshore, photovoltaïque au sol, biogaz – chaque gigawatt installé bénéficie de mécanismes de soutien (contrats pour différence, tarifs garantis) financés via la facture.
  • La rénovation des réseaux : Enedis doit investir massivement pour adapter un réseau de distribution conçu pour des flux descendants à une logique bidirectionnelle (production locale, effacement, bornes de recharge). Ce chantier, chiffré en dizaines de milliards, se répercute dans le tarif d’acheminement (TURPE).
  • La fin progressive des rentes de l’ARENH : le mécanisme qui permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter de l’électricité nucléaire à prix régulé (42 €/MWh) a pris fin en 2025. Les prix de marché, structurellement plus élevés, s’imposent désormais à l’ensemble des acteurs.

La PPE3 adoptée par décret : une décision qui passe au-dessus du Parlement

Le 10 mars 2025, un colloque réunissait des sénateurs pour analyser les implications de la PPE3, que le gouvernement prévoyait d’adopter par décret en avril. La Fédération Environnement Durable a documenté cet événement et la séquence qui a suivi.

Fin mars 2025, 165 sénateurs ont adressé une lettre au Premier ministre, portée notamment par Vincent Delahaye (LR, Essonne). Le texte dénonçait une « aberration démocratique » : engager 300 milliards d’euros de dépenses publiques sur quinze ans par simple décret, sans vote du Parlement.

Sur le fond, l’argument est solide. La Loi de transition énergétique autorise techniquement ce véhicule réglementaire – mais aucun précédent d’une telle ampleur financière n’avait utilisé cette voie. Voter une loi de programmation énergétique aurait contraint le gouvernement à un débat public, à des amendements, à une traçabilité des choix. Le décret évite tout cela.

Ce court-circuit institutionnel a une conséquence pratique : les ménages subissent des engagements financiers pluridécennaux sans que leurs représentants élus aient eu leur mot à dire sur les arbitrages.

Quelles marges de manœuvre pour les ménages face à la hausse annoncée?

Trois leviers concrets méritent votre attention, par ordre d’impact potentiel sur votre facture.

  • L’autoconsommation photovoltaïque : avec des panneaux bien dimensionnés (3 à 6 kWc selon la surface disponible), un ménage peut couvrir 40 à 60 % de sa consommation annuelle. À 0,25 €/kWh aujourd’hui et potentiellement 0,50 €/kWh en 2035, le retour sur investissement s’accélère mécaniquement avec la hausse des prix.
  • Le choix du contrat : les offres à prix fixe sur 12 ou 24 mois permettent de se protéger partiellement contre les hausses tarifaires à court terme. Comparer les offres des fournisseurs alternatifs (Octopus Energy, Ekwateur, Ilek) reste pertinent, même si les marges de manœuvre se réduisent depuis la fin de l’ARENH.
  • Les aides à la rénovation énergétique : MaPrimeRénov’ finance jusqu’à 90 % des travaux d’isolation pour les ménages aux revenus modestes. Réduire sa consommation de 20 à 30 % via l’isolation des combles et le remplacement du chauffage électrique par une pompe à chaleur reste la réponse la plus durable à une trajectoire de prix haussière.

La sobriété énergétique subie n’est pas une stratégie. Mais la sobriété choisie – panneaux solaires, isolation performante, pilotage intelligent des usages – transforme une contrainte tarifaire en levier d’indépendance. C’est peut-être le seul arbitrage sur lequel vous gardez réellement la main.