Vous recevez un e-mail promotionnel signé Ghughu sans avoir rien demandé. Le lien de désabonnement ne fonctionne pas. Et les outils d’analyse de sites le classent comme domaine dangereux. Voilà un profil qui mérite qu’on s’y attarde sérieusement avant de cliquer.
Ghughu, c’est quoi exactement?
Ghughu se présente comme une plateforme de réductions et de coupons, doublée d’un comparateur de prix. Le modèle économique repose sur le marketing d’affiliation et la publicité en ligne : chaque clic généré vers une boutique partenaire rapporte une commission à la plateforme.
Derrière Ghughu, on trouve la société espagnole ROCK INTERNET S.L., également connue sous le nom commercial Arkeero, immatriculée sous le NIF B-86907953 et domiciliée Calle Barquillo, 8ème étage, 28004 Madrid. Le site a été créé en 2019 et affiche un classement Alexa de 202 554, ce qui correspond à une audience réelle mais modeste.
Un détail contractuel à ne pas sous-estimer : le site opère en plusieurs langues, mais en cas de conflit entre les versions, c’est la version espagnole qui prévaut. Pour un utilisateur francophone, cela signifie que les conditions réelles du service sont rédigées dans une langue qu’il ne maîtrise peut-être pas.
Comment Ghughu fonctionne-t-il concrètement?

Le fonctionnement opérationnel de Ghughu repose principalement sur l’envoi d’e-mails promotionnels en masse. Ces messages proposent des réductions, des codes promo et des offres émanant de diverses boutiques en ligne et marques partenaires.
Au-delà des coupons, Ghughu positionne une activité de comparateur sur plusieurs marchés : téléphonie, accès internet, eau, électricité et gaz. L’utilisateur est censé trouver la meilleure offre disponible sur ces contrats courants. En pratique, chaque mise en relation avec un fournisseur génère une commission d’affiliation pour Arkeero.
Le modèle est donc clair sur le papier : Ghughu monétise l’audience et les clics, pas les abonnements utilisateurs. Ce type de structure est courant dans le secteur des comparateurs. Le problème ne vient pas du modèle lui-même, mais de la manière dont cette audience est constituée – notamment via des e-mails dont les destinataires n’ont pas nécessairement consenti à les recevoir.
Avis et retours utilisateurs sur Ghughu
Les signaux remontés par les outils d’analyse sont convergents et peu flatteurs. ScamDoc attribue à ghughu.com un indice de confiance très faible, sans donner de score précis. GridInSoft, de son côté, lui accorde 58 sur 100 – un score qui place le site dans une zone d’incertitude, loin des 80+ généralement associés aux plateformes fiables.
France Verif a passé le site au crible sur plus de 120 critères. Résultat : aucune évaluation positive, des résultats très négatifs sur l’ensemble des indicateurs analysés. C’est un profil atypique – la plupart des sites commerciaux légitimes obtiennent au moins quelques signaux positifs sur ce type d’audit.
Phishing Initiative, qui référence les domaines liés au phishing ou au contenu trompeur, a classé ghughu.com comme domaine dangereux. Ce signalement est particulièrement sérieux car il ne repose pas sur des impressions subjectives mais sur une analyse technique du comportement du domaine.
- Score GridInSoft : 58/100
- Score ScamDoc : indice de confiance très faible
- France Verif : résultats négatifs sur 120+ critères, zéro point positif
- Phishing Initiative : domaine classé dangereux
- Certificat HTTPS : absent
- Présence sur les réseaux sociaux : non détectée
L’absence de certificat HTTPS est un signal concret. En 2024, tout site qui collecte des données personnelles ou envoie des e-mails commerciaux sans chiffrement TLS expose ses utilisateurs à des risques élémentaires d’interception. C’est un défaut que même les petites structures évitent aujourd’hui.
Ghughu est-il un spam ou une arnaque?

Des utilisateurs rapportent avoir reçu des e-mails publicitaires de Ghughu sans avoir jamais souscrit à quoi que ce soit sur la plateforme. Ce type de pratique – constituer une base d’envoi sans consentement explicite – contrevient au RGPD et à la directive ePrivacy.
Plus problématique : plusieurs personnes signalent que le désabonnement n’a produit aucun effet. Ils continuent de recevoir des messages après avoir cliqué sur le lien prévu à cet effet. Sur Signal-Arnaques, deux adresses d’expédition sont explicitement signalées pour suspicion d’arnaque financière : ghughu@snd.ghughu.com et info@val.ghughu.com.
Le sous-domaine snd.ghughu.com a été analysé pour la première fois sur ScamDoc le 19 novembre 2024, ce qui suggère une activité d’envoi relativement récente sur cette infrastructure. L’utilisation de sous-domaines distincts pour les envois est une pratique courante chez les opérateurs qui cherchent à contourner les filtres anti-spam en multipliant les points d’émission.
Quant au registre Whois, l’identité du propriétaire du domaine est masquée. Pour une plateforme commerciale qui revendique une activité légale et un responsable de traitement identifié, ce choix de confidentialité maximale dans le Whois crée une contradiction difficile à justifier.
Ce profil – e-mails non sollicités, désabonnement inefficace, adresses signalées pour arnaque – ressemble au fonctionnement de services similaires comme certaines plateformes de marketing par e-mail non consenti qui opèrent dans des zones grises réglementaires.
Ghughu présente des signaux de méfiance difficiles à ignorer
Pris isolément, chacun des signaux négatifs pourrait s’expliquer. Réunis, ils dessinent un tableau cohérent. L’absence de HTTPS, l’identité Whois masquée, l’absence d’adresse physique renseignée et l’inexistence de présence sociale forment un ensemble qui n’est pas accidentel.
Une plateforme d’affiliation sérieuse a intérêt à être identifiable : ses partenaires marchands ont besoin de savoir à qui ils confient leur trafic.
L’opacité structurelle de Ghughu va à l’encontre de ce qu’on attendrait d’un acteur établi du secteur. À titre de comparaison, les comparateurs réglementés dans les secteurs de l’énergie ou des télécoms affichent systématiquement leurs accréditations et coordonnées complètes.
La clause contractuelle qui impose la version espagnole comme référence en cas de litige mérite également attention. Si vous êtes francophone et que vous contestez une pratique, vous vous retrouvez à interpréter un texte dans une langue étrangère face à une société domiciliée à Madrid. Le rapport de force est asymétrique par construction.
Si vous constatez un prélèvement bancaire inconnu après avoir interagi avec des e-mails de ce type, la démarche d’identification et de contestation suit des étapes précises qu’il vaut mieux engager rapidement.
Comment se désabonner de Ghughu et faire supprimer ses données?

Ghughu indique que chaque e-mail envoyé contient un lien de désabonnement et un lien vers sa politique de confidentialité. La société affirme également maintenir des listes de suppression pour éviter tout recontact après demande. Dans les faits, plusieurs utilisateurs rapportent que ce mécanisme n’a pas fonctionné.
Si le désabonnement via le lien intégré reste sans effet, la voie formelle consiste à exercer votre droit d’opposition et d’effacement directement auprès du délégué à la protection des données d’Arkeero, à l’adresse dpd@arkeero.com. La demande doit être accompagnée d’une copie de pièce d’identité.
- Cliquer sur le lien de désabonnement dans l’e-mail reçu
- Si sans effet sous 10 jours, envoyer un e-mail à
dpd@arkeero.comavec objet « Droit d’opposition et d’effacement – RGPD » - Joindre une copie de pièce d’identité (recto uniquement, numéro masqué si vous le souhaitez)
- Conserver la preuve d’envoi et la date
- En cas de non-réponse sous 30 jours, saisir la CNIL via son formulaire en ligne
La CNIL dispose d’un délai légal de traitement des plaintes. Une société européenne comme Rock Internet S.L. est soumise au RGPD, ce qui signifie que la plainte auprès de la CNIL peut également être relayée vers l’Agencia Española de Protección de Datos (AEPD) en Espagne, autorité compétente pour le siège de la société.
Marquez également les e-mails de Ghughu comme spam dans votre messagerie – cela entraîne leur blocage automatique et contribue à la réputation négative du domaine auprès des filtres des fournisseurs d’accès. C’est un levier simple, mais collectivement efficace.
Un e-mail non sollicité d’une plateforme opaque, classée dangereuse par les outils de détection et dont le désabonnement ne fonctionne pas : c’est exactement la situation qui justifie de ne jamais cliquer sur un lien avant d’avoir vérifié qui l’envoie.











