15 % de rendement annuel moyen, un auto-invest qui tourne tout seul, et des prêts accessibles dès 10 euros. Sur le papier, Lendermarket coche toutes les cases du placement P2P idéal.
Mais entre 2022 et 2024, des milliers d’investisseurs ont vécu l’envers du décor : des fonds bloqués pendant des mois, une communication opaque, et une plateforme au bord de la crise de confiance.
Aujourd’hui, le tableau s’est amélioré – mais mérite-t-on vraiment de lui faire à nouveau confiance ? On fait le point sans filtre.
C’est quoi Lendermarket, exactement ?
Lendermarket est une plateforme de crowdlending lancée en 2019 par le groupe estonien Creditstar, qui cherchait à s’affranchir de Mintos pour distribuer ses propres prêts.
La société est domiciliée à Dublin, en Irlande, et son opérationnel est assuré depuis Tallinn. Les deux entités – Lendermarket et Creditstar – appartiennent au même actionnaire unique, un entrepreneur estonien du nom d’Aaro Sosaar. Ce détail aura son importance plus loin.
Le principe est celui du prêt P2P classique : Creditstar accorde un crédit à un particulier, puis propose ce prêt sur Lendermarket pour se refinancer auprès d’investisseurs comme vous. En échange, vous percevez des intérêts allant actuellement de 12 % à 18 % selon la durée et le profil du prêt. Les durées varient de 30 jours à plusieurs années.
Depuis son lancement, la plateforme a contribué au financement de plus de 450 millions d’euros de prêts. Les investisseurs ont perçu en tout plus de 17 millions d’euros d’intérêts, pour un rendement moyen historique de 15,90 %. Ce ne sont pas des chiffres anodins pour une plateforme encore relativement jeune.
Depuis 2022, Lendermarket a aussi cherché à diversifier son réseau en intégrant des sociétés de crédit extérieures au groupe Creditstar : RapidCredit en Colombie dès 2023, Credifiel au Mexique en 2024, ou encore Quickcheck pour l’Afrique.
L’idée est de ne plus dépendre d’un seul émetteur – une leçon tirée douloureusement des années précédentes.
Comment fonctionne concrètement l’investissement ?

Deux options s’offrent à vous une fois votre compte ouvert et votre virement reçu. La première, c’est la sélection manuelle des prêts disponibles sur la marketplace.
La seconde – et c’est celle que la majorité des investisseurs utilisent – c’est l’auto-invest : un outil qui place automatiquement vos fonds selon vos critères (taux minimum, durée, pays, émetteur de prêt). Une fois réglé, il tourne seul.
La plateforme propose une garantie de rachat à 60 jours. Si un emprunteur ne rembourse pas dans les 60 jours suivant l’échéance, le loan originator est censé racheter le prêt – intérêts inclus. C’est une protection appréciable, mais qui dépend entièrement de la solidité financière de l’émetteur. On y reviendra.
Depuis fin 2024, Lendermarket a obtenu une licence officielle auprès de la Banque Centrale d’Irlande pour opérer sous le règlement européen EU 2020/1503 sur le crowdfunding. C’est une avancée concrète pour une plateforme qui fonctionnait jusqu’alors dans un cadre non régulé.
L’interface est disponible en français, et les relevés fiscaux sont téléchargeables directement depuis votre tableau de bord.
Quels sont les frais de Lendermarket pour l’investisseur ?
Bonne nouvelle sur ce point : aucun frais n’est facturé aux investisseurs. Ni à l’entrée, ni à la sortie, ni sur les transactions courantes. Les dépôts se font par virement bancaire en euros uniquement. Les retraits sont traités en 48 à 72 heures, avec un minimum de 50 euros, et ne peuvent être effectués que vers le compte bancaire utilisé pour le premier dépôt.
Lendermarket tire ses revenus des frais facturés aux sociétés de crédit en échange du financement qu’elles obtiennent via la plateforme. Ces frais varient entre 2 % et 5 % du volume financé selon le pays et la nature des prêts. Autrement dit, le modèle économique repose sur les emprunteurs institutionnels, pas sur vous.
Côté fiscalité française, les intérêts perçus sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique de 30 % – soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Vous pouvez opter pour le barème progressif si votre tranche d’imposition est inférieure à 12,8 %, en cochant la case 2OP lors de votre déclaration.
Lendermarket ne prélève rien à la source : c’est à vous de déclarer.
Lendermarket paiement en attente : que s’est-il vraiment passé ?

C’est le sujet qui a fracturé la communauté d’investisseurs entre 2022 et 2025. Pour comprendre, il faut remonter au contexte : avec la guerre en Ukraine, beaucoup d’investisseurs ont retiré massivement leurs fonds de toutes les plateformes P2P.
Creditstar, qui dépendait largement de ces flux entrants pour honorer ses remboursements sortants, s’est retrouvé dans une crise de liquidités sévère.
La solution mise en place : les « pending payments », soit des paiements en attente rémunérés à 18 %. Concrètement, vos fonds étaient reconnus comme vous appartenant, mais ils ne vous étaient pas versés immédiatement.
La plateforme les conservait le temps de reconstituer sa trésorerie. Le problème, c’est que Lendermarket et Creditstar ont le même actionnaire. Ce conflit d’intérêt a rendu la situation opaque : les remboursements se faisaient quand ça arrangeait l’entreprise, pas selon un calendrier transparent communiqué aux investisseurs.
Résultat : une partie de la communauté s’est retrouvée bloquée pendant plusieurs mois, voire plus d’un an pour certains. Sur Trustpilot, des avis témoignent de fonds toujours en attente de récupération totale, malgré les annonces officielles de résolution.
D’autres investisseurs plus récents ou mieux positionnés ont récupéré leurs fonds sans trop de difficultés une fois la migration vers la version 2 de la plateforme effectuée.
Le dénouement officiel : en octobre 2025, Lendermarket a annoncé que tous les paiements en attente sur l’ancienne version de la plateforme avaient été intégralement soldés. La plateforme 1.0 a fermé définitivement le 31 décembre 2025. Un chapitre clos – du moins sur le papier.
Lendermarket avis 2025 : ce que disent vraiment les investisseurs
La note sur Trustpilot tourne autour de 4,0 sur 5 sur plus de 700 avis. Ce chiffre cache des réalités très différentes selon le moment où l’investisseur a déposé ses fonds.
Les arrivants récents, depuis la migration vers la version 2 de la plateforme, sont globalement satisfaits : interface intuitive, rendements effectifs, auto-invest réactif, aucun cash drag notable.
Les investisseurs présents depuis 2021-2022 ont une mémoire plus amère. Fonds bloqués, communication jugée insuffisante, réponses du support parfois décevantes lors des périodes de tension.
Certains ont récupéré l’intégralité de leurs fonds avec les intérêts de retard à 18 %, ce qui a partiellement compensé l’attente. D’autres signalent encore des montants non récupérés, même si la plateforme conteste ces cas.
Ce que pointent les analystes indépendants, c’est aussi le manque de transparence structurel : Lendermarket ne publie pas de statistiques détaillées sur la performance individuelle de chaque émetteur de prêts, ce qui rend difficile l’évaluation précise du risque réel.
Par ailleurs, la plateforme fonctionne à perte selon les derniers bilans publiés – un élément à ne pas ignorer quand on évalue la solidité d’un partenaire financier.
Dans le classement annuel de la communauté P2P, Lendermarket n’a atteint que la 24e place en 2024 et 2025, contre des positions bien plus flatteuses avant la crise. Le chemin de la reconquête est encore long.
Faut-il investir sur Lendermarket aujourd’hui ?

La question mérite une réponse honnête plutôt qu’enthousiaste. Si vous paniquez dès qu’un paiement prend 3 jours de retard, ou si vous avez besoin de pouvoir retirer vos fonds à tout moment, cette plateforme n’est pas faite pour vous.
D’autres options P2P – Robocash, Swaper, PeerBerry – offrent moins de rendement mais une expérience bien plus sereine.
En revanche, si vous êtes un investisseur avec de la tolérance au risque, un horizon d’au moins 18 à 24 mois, et la capacité de diversifier sur plusieurs plateformes, Lendermarket peut avoir sa place dans votre portefeuille.
Les 15 % de rendement annuel restent parmi les plus élevés du marché européen, et la licence obtenue fin 2024 auprès de la Banque Centrale d’Irlande constitue un signal réglementaire positif.
La règle de prudence reste la même qu’avec n’importe quelle plateforme P2P : ne jamais y concentrer plus de 5 à 10 % de votre portefeuille d’investissement total.
Et sur Lendermarket spécifiquement, il est aujourd’hui conseillé de diversifier entre plusieurs émetteurs de prêts plutôt que de tout miser sur Creditstar, aussi dominant qu’il reste sur la plateforme. Quickcheck, RapidCredit ou Dineo offrent des profils de risque différents qui méritent d’être explorés.
Lendermarket 2.0 part avec une ardoise partiellement effacée. Reste à savoir si la transparence et la stabilité du management suivront dans la durée – deux choses que les années de crise n’ont pas forcément prouvées.











