Un Kbis à 0,99 €, ça semble anodin. C’est précisément ce que mise le Portail des Sociétés – et c’est pourquoi des centaines d’utilisateurs se retrouvent avec un prélèvement de 49,90 € sur leur relevé bancaire sans avoir vu venir la chose. Avant de saisir votre numéro de carte, voici ce que vous devez savoir.
Qu’est-ce que le Portail des Sociétés et à qui appartient ce site?
Le Portail des Sociétés est une plateforme privée commerciale, pas un service public. Elle agrège des données issues de bases officielles – INSEE, INPI, data.gouv.fr et datainfogreffe – pour les restituer sous une interface web soignée. Cette mise en forme crée une apparence de service d’État que le site n’est pas.
La société qui opère portail-des-societes.com est immatriculée au Royaume-Uni. Ce détail n’est pas anecdotique : il complique sérieusement tout recours juridique pour un utilisateur français.
Une société établie hors de l’Union européenne ne relève pas du droit de la consommation français de la même façon qu’une entreprise domiciliée en France ou dans un autre État membre.
Les données affichées sur le site proviennent donc de sources publiques que tout un chacun peut consulter gratuitement. La valeur ajoutée revendiquée repose sur l’ergonomie et l’agrégation. Le modèle économique, lui, repose sur autre chose.
Kbis à 0,99 € : ce que le prix d’appel ne dit pas

Le mécanisme est précis : vous payez 0,99 € pour obtenir un extrait Kbis. Ce paiement ne règle pas le document – il enregistre votre carte bancaire et active un abonnement mensuel. L’opération de 0,99 € fonctionne comme un déclencheur, pas comme un achat isolé.
Comparez avec les alternatives officielles. Via MonIdenum, tout dirigeant d’entreprise peut télécharger son propre Kbis gratuitement, autant de fois qu’il le souhaite. Sur Infogreffe, un tiers peut commander un extrait Kbis au format PDF pour environ 2,69 €, sans engagement, sans abonnement. Ce sont les deux seules sources qui ont une valeur juridique opposable.
Si vous ne résiliez pas l’abonnement du Portail des Sociétés dans les jours suivant votre commande, le coût réel du premier mois atteint 50,89 € – soit 0,99 € + 49,90 € de prélèvement mensuel. Vous avez donc payé votre Kbis environ dix-neuf fois le prix Infogreffe, pour un document qui n’a pas de valeur juridique supplémentaire.
Prélèvement mensuel et abonnement : comment fonctionne le modèle tarifaire?
L’abonnement a évolué dans le temps. Il était initialement facturé 29,90 €/mois, puis il est passé à 49,90 €/mois. La reconduction est automatique : sans résiliation explicite de votre part, le prélèvement s’applique chaque mois sur la carte enregistrée lors du paiement initial.
Les témoignages d’utilisateurs sur les forums spécialisés suivent tous le même schéma. Une personne commande un Kbis pour une démarche ponctuelle, paie 0,99 € en pensant l’affaire réglée, puis découvre un mois plus tard un prélèvement de 29,90 € ou 49,90 € qu’elle n’attendait pas.
Dans plusieurs cas, plusieurs mois s’écoulent avant que le prélèvement soit remarqué, ce qui multiplie les sommes à récupérer.
Ce modèle – prix d’appel symbolique suivi d’un abonnement récurrent – est conçu pour maximiser le taux de conversion initial tout en tablant sur le churn tardif : une partie des abonnés ne résilie jamais, soit par oubli, soit parce que la procédure de désabonnement s’avère laborieuse dans les faits.
Avis et retours d’utilisateurs sur le Portail des Sociétés

Sur Trustpilot, le Portail des Sociétés affiche 4,3/5 sur 2 836 avis. C’est une note solide, difficile à ignorer. Mais cette moyenne mérite d’être mise en contexte avec ce que rapportent d’autres sources.
Sur Signal-Arnaques, le site est qualifié de « site d’arnaque à l’abonnement caché », avec plus de vingt signalements sur une seule page de la plateforme.
Les formulations sont directes : des utilisateurs décrivent avoir été prélevés sans avoir compris qu’ils souscrivaient à un abonnement. La DGCCRF, de son côté, a qualifié ce type de pratique de commerciale trompeuse au sens du Code de la consommation.
La dichotomie entre les deux sources s’explique en partie par le profil des utilisateurs satisfaits : ceux qui ont compris le modèle, utilisé l’abonnement activement et résilié à temps laissent des avis positifs. Ceux qui ont été pris de court par le prélèvement migrent vers Signal-Arnaques ou les forums de consommateurs.
Ces deux groupes ne se croisent pas sur les mêmes plateformes, ce qui fausse la lecture de la note Trustpilot prise isolément.
Comment se désabonner du Portail des Sociétés?
Trois canaux de résiliation sont théoriquement disponibles : le téléphone, le formulaire en ligne et l’e-mail. En pratique, le numéro de téléphone est régulièrement signalé comme sans réponse ou avec des temps d’attente qui découragent la persévérance. Le formulaire web est le canal le plus rapide selon les retours disponibles.
Depuis le 1er juin 2023, la loi n° 2022-1158 impose à tout service souscrit en ligne de proposer une résiliation en trois clics maximum.
Cette obligation s’applique à tous les contrats conclus par voie électronique avec des consommateurs résidant en France. Tout manquement expose l’entreprise à une amende pouvant atteindre 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale.
Si vous souhaitez résilier, notez la date et l’heure de votre demande, et conservez une capture d’écran de la confirmation. Ces preuves seront utiles si un prélèvement intervient après la date de résiliation que vous avez signifiée.
Peut-on obtenir un remboursement après un prélèvement non consenti?

La voie la plus directe est le chargeback bancaire. Vous contactez votre banque pour contester un ou plusieurs prélèvements, en indiquant que vous n’aviez pas consenti à un abonnement mensuel.
Les banques disposent d’un délai réglementaire – généralement 13 mois pour un paiement par carte – pour remonter une contestation auprès du réseau carte. Plus vous agissez tôt, plus le taux de succès est élevé.
Pour renforcer votre dossier, combinez le chargeback avec d’autres démarches :
- Un courrier recommandé avec accusé de réception adressé au service client, réclamant le remboursement des sommes prélevées sans consentement explicite
- Un signalement sur la plateforme SignalConso de la DGCCRF, qui constitue une trace formelle auprès des autorités
- Un dépôt de plainte auprès du commissariat ou de la gendarmerie si les montants sont significatifs
- Un recours auprès d’un médiateur de la consommation si le litige reste non résolu après mise en demeure
L’immatriculation britannique de la société complique les recours, mais elle ne les exclut pas. Les paiements par carte bénéficient du mécanisme de chargeback indépendamment de la localisation du commerçant.
Courrier et contact : quelles démarches en cas de litige?
Pour toute réclamation écrite, rédigez un courrier recommandé avec accusé de réception mentionnant : votre identité, la date du paiement initial, le montant des prélèvements contestés, et votre demande de remboursement sous 14 jours. Conservez une copie de tout échange e-mail.
La difficulté pratique liée à l’immatriculation au Royaume-Uni tient au fait que l’adresse de contact affichée peut être une adresse opérationnelle distincte du siège social légal.
Si la société ne répond pas sous un délai raisonnable, transmettez votre dossier à la DGCCRF via SignalConso et saisissez le médiateur de la consommation compétent. En cas de refus caractérisé, la procédure de l’injonction de payer devant le tribunal judiciaire reste ouverte pour les litiges inférieurs à 5 000 €.
Les alternatives officielles pour obtenir un extrait Kbis sans risque

Deux sources font autorité. MonIdenum est le service officiel des greffes des tribunaux de commerce : si vous êtes dirigeant de la société concernée, vous y téléchargez votre Kbis gratuitement, sans limite de nombre, après authentification. C’est la solution à privilégier pour toute démarche interne à votre entreprise.
Pour les tiers – partenaires, clients, banques – Infogreffe est la plateforme de référence. Un extrait Kbis y est disponible au format PDF pour environ 2,69 €, sans abonnement. Le document est certifié par le greffe et a une pleine valeur juridique.
Aucun intermédiaire privé, quel que soit son prix d’appel, ne peut vous fournir un Kbis ayant une valeur juridique supérieure à celui d’Infogreffe ou de MonIdenum. Les deux sources officielles sont les seules opposables devant un tribunal ou une administration.
Le Portail des Sociétés illustre un modèle commercial légalement contestable
Le modèle consistant à capter une carte bancaire via un micro-paiement pour déclencher un abonnement mensuel récurrent relève, selon la DGCCRF, des pratiques commerciales trompeuses visées aux articles L. 121-1 et suivants du Code de la consommation.
La directive européenne 2005/29/CE sur les pratiques commerciales déloyales converge dans le même sens : une pratique est trompeuse dès lors qu’elle altère le consentement éclairé du consommateur sur les caractéristiques financières du contrat.
Pour les professionnels et les particuliers : si vous avez besoin d’un Kbis, allez directement sur Infogreffe ou MonIdenum.
Deux minutes, moins de 3 euros pour les tiers, zéro risque d’abonnement caché. La prochaine fois que vous verrez un document officiel proposé à moins d’un euro sur un site que vous ne connaissez pas, traitez ce prix comme ce qu’il est – l’entrée d’un tunnel tarifaire, pas une offre.











