Vous avez entendu parler de la liste Prescrire et vous vous demandez si un médicament que vous prenez — ou que prend quelqu’un de votre entourage — pourrait y figurer. La question est légitime. En 2026, Prescrire recense 108 médicaments autorisés dont la balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes leurs indications, selon les données publiées par la revue. Parmi eux, 89 sont effectivement commercialisés en France. Ce bilan est publié pour la 14e année consécutive — et aucun de ces médicaments n’est interdit pour autant.
Ce dernier point mérite d’être posé clairement avant d’aller plus loin, parce que c’est là que la confusion s’installe.
Ce que Prescrire mesure — et ce que ça ne signifie pas
Prescrire est une revue médicale indépendante qui évalue les médicaments sur la base des études disponibles. Quand un médicament entre dans sa liste, cela signifie une chose précise : dans toutes les situations où il dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), les risques qu’il présente l’emportent sur les bénéfices attendus. Ce n’est pas un jugement sur un usage particulier, ni une déclaration d’urgence sanitaire.
Figurer sur cette liste ne rend pas un médicament interdit. Il reste légalement prescriptible et dispensable en pharmacie. Cela ne signifie pas non plus qu’il soit nocif pour chaque patient qui le prend : la balance bénéfices-risques est une évaluation populationnelle. Un médecin qui connaît votre situation peut avoir des raisons valables de maintenir un traitement que Prescrire juge globalement défavorable.
La liste Prescrire est un signal de vigilance, pas un verdict individuel.
Une tendance à la hausse sur dix ans
Ce que les chiffres disponibles montrent, c’est une progression régulière. En 2017, Prescrire comptait 91 médicaments concernés, dont 82 vendus en France. En 2019, ce nombre atteignait 93. En 2023, 107 médicaments figuraient sur la liste, dont 88 commercialisés en France. En 2025, le chiffre retombait légèrement à 106 (88 en France), avant de remonter à 108 en 2026 (89 en France).
La tendance de fond est à la hausse sur la période, avec des variations d’une année à l’autre. Un médicament peut entrer dans la liste une année, en sortir la suivante si une révision de son AMM intervient ou s’il est retiré du marché. La liste n’est pas figée.
Ce qui frappe, c’est la durée : 14 bilans publiés consécutivement, et ces médicaments restent disponibles. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder comment fonctionne le système réglementaire.
Pourquoi ces médicaments restent disponibles
Une alerte de Prescrire et une décision réglementaire sont deux choses distinctes. Prescrire est une revue indépendante : elle publie une analyse, elle ne délivre pas d’autorisation et ne peut pas ordonner un retrait. La modification ou le retrait d’une AMM relève des autorités sanitaires — en France, l’ANSM, et au niveau européen, l’EMA pour les médicaments à autorisation centralisée.
Ces procédures mobilisent des évaluations formelles, des contradictoires avec les laboratoires concernés, des délais administratifs. Une révision d’AMM peut prendre du temps, même lorsque des signaux existent. Le fait qu’un médicament reste sur le marché après avoir été listé par Prescrire ne signifie donc pas que l’alerte est ignorée — mais cela ne signifie pas non plus qu’elle a conduit à une action.
C’est précisément cet écart entre le signal et la décision qui justifie que vous, en tant que patient, fassiez quelque chose de concret avec cette information.
Ce que vous pouvez faire concrètement
La liste Prescrire n’est pas faite pour provoquer de l’anxiété ou pousser à des arrêts de traitement improvisés. Elle est utile si vous vous en servez comme point de départ d’une conversation avec un professionnel de santé.
Quelques variables changent la réponse à la question « est-ce que ça me concerne ? » :
- Votre médicament figure peut-être sur la liste de l’année en cours — mais pas forcément sur celle de l’année précédente ou suivante. Vérifiez l’édition la plus récente.
- Sur les 108 médicaments listés en 2026, 89 sont commercialisés en France. Les 19 autres ne concernent pas directement un patient français.
- Si votre médicament figure sur la liste mais vous a été prescrit pour une indication grave, sous suivi médical strict, la balance bénéfices-risques individuelle peut être différente de l’évaluation générale. Seul votre médecin peut trancher.
La marche à suivre tient en trois étapes :
- Consultez la liste officielle Prescrire de l’année en cours — elle est publiée chaque année sur le site de la revue (accès abonné pour le détail, mais le bilan annuel fait l’objet de communications publiques). Notez si un de vos traitements y figure.
- En parlez à votre médecin ou pharmacien — présentez l’information telle quelle, sans interprétation. Un professionnel peut évaluer si votre situation individuelle justifie de maintenir, ajuster ou chercher une alternative au traitement concerné.
- N’arrêtez jamais seul un traitement en cours — même si un médicament figure sur la liste, un arrêt brutal peut être plus risqué que la poursuite temporaire du traitement. C’est une décision médicale, pas une décision de consommateur.
Si vous êtes dirigeant ou gestionnaire RH, cette démarche vaut aussi pour vos équipes : relayer l’existence de la liste Prescrire, sans alarmisme, en encourageant chacun à en parler à son médecin, est un usage raisonnable de cette information.
La liste Prescrire est mise à jour chaque année — ce qui était valable en 2025 peut avoir évolué en 2026, et inversement. Toute décision concernant un traitement en cours appartient au médecin ou au pharmacien qui connaît votre dossier.










