Vous devez rembourser plusieurs crédits, votre compte est dans le rouge avant le 15 du mois, et les relances s’accumulent dans votre boîte aux lettres.
Cette situation, des centaines de milliers de Français la vivent exactement comme vous – et des solutions existent, même quand tout semble bloqué.
Un Français sur quatre en difficulté financière : vous n’êtes pas seul
En 2024, 134 803 dossiers de surendettement ont été déposés auprès des commissions départementales de la Banque de France, soit une hausse de +10,8 % par rapport à 2023, selon les données de la Banque de France.
Cette progression n’est pas un accident : elle reflète l’effet retardé de l’inflation sur les ménages les plus exposés, ceux qui ont puisé dans leurs réserves pendant deux ans avant de craquer.
Le profil des personnes concernées est précis. 52 % sont des personnes seules, 57 % sont séparées, célibataires ou veuves. 68 % perçoivent un revenu inférieur au SMIC, et 6 ménages sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté.
Ce ne sont pas des profils irresponsables : ce sont majoritairement des gens que la vie a mis en difficulté – perte d’emploi, séparation, maladie.
Le nombre de dossiers reste néanmoins inférieur de 42 % à ce qu’il était il y a dix ans. Les dispositifs d’aide fonctionnent. Agir tôt améliore considérablement les issues possibles.
Comment savoir si vous êtes vraiment surendetté?

Le taux d’endettement se calcule simplement : divisez le total de vos mensualités de remboursement (crédits, loyer si vous êtes locataire) par vos revenus nets, puis multipliez par 100. Depuis le 1er janvier 2022, le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) fixe à 35 % le plafond légal pour l’octroi de nouveaux crédits immobiliers – assurance incluse.
Au-delà de 50 %, vous entrez dans la zone critique. La dette moyenne constatée dans les dossiers déposés s’élève à 30 315 € par ménage (hors immobilier), avec une médiane à 17 447 €.
Cela signifie que la moitié des personnes en surendettement ont moins de 17 447 € de dettes totales – un montant qui peut sembler élevé, mais qui reste traitable avec les bons outils.
Trois signaux concrets indiquent que vous avez franchi un seuil : vous ne payez plus que les minimums sur vos crédits renouvelables, vous utilisez un crédit pour rembourser un autre, ou vous ne pouvez plus couvrir les dépenses de base (alimentation, énergie) sans découvert.
Je n’ai plus d’argent pour vivre : les premières actions d’urgence
Quand il ne reste plus rien avant la fin du mois, la priorité est d’activer les filets de sécurité existants – ils sont souvent méconnus. Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de votre mairie peut débloquer des aides alimentaires, des bons de secours ou une prise en charge partielle de factures d’énergie, parfois en 24 à 48 heures.
La CAF propose des aides exceptionnelles ponctuelles pour les allocataires en situation de rupture. La demande se fait directement sur votre espace personnel, rubrique « aides et prêts ».
Le Secours Populaire, la Croix-Rouge et les Restos du Cœur disposent d’épiceries sociales où vous pouvez acheter des denrées à prix très réduit, sans condition de ressources stricte dans certains cas.
Ces aides d’urgence ne règlent pas le problème de fond. Elles vous donnent de l’oxygène pour passer la semaine et réfléchir aux étapes suivantes sans la pression de l’urgence alimentaire.
Comment faire quand on est trop endetté?

Quatre leviers structurels existent, et ils ne s’excluent pas forcément les uns les autres.
- La négociation amiable : contacter directement chaque créancier pour demander un report d’échéances, un allongement de durée ou une réduction du taux. Les banques acceptent souvent des arrangements à l’amiable plutôt que de lancer des procédures coûteuses.
- Le regroupement de crédits : fusionner plusieurs dettes en un seul prêt avec une mensualité réduite. Le rachat de crédits allonge la durée de remboursement mais allège immédiatement la pression mensuelle.
- La médiation bancaire : si votre banque refuse de négocier, le médiateur bancaire est gratuit et peut intervenir en quelques semaines.
- Le dossier de surendettement : la procédure officielle auprès de la Banque de France, réservée aux situations où les autres solutions sont insuffisantes.
Le choix entre ces options dépend de votre taux d’endettement, de la nature de vos dettes et de votre capacité de remboursement résiduelle. Un conseiller en Points Conseil Budget peut vous aider à trancher.
Déposer un dossier de surendettement : mode d’emploi et conditions
Pour être recevable, vous devez être un particulier de bonne foi, domicilié en France, dans l’incapacité manifeste de faire face à vos dettes non professionnelles. Les dettes professionnelles relèvent d’autres procédures (redressement judiciaire, liquidation).
Le dossier se dépose à la succursale de la Banque de France de votre département, gratuitement, en personne ou par courrier. Les pièces à rassembler sont les suivantes :
- Formulaire officiel de déclaration de surendettement (téléchargeable sur banque-france.fr)
- Justificatifs d’identité et de domicile
- Relevés de comptes des trois derniers mois
- Tableau récapitulatif de toutes vos dettes avec les coordonnées des créanciers
- Justificatifs de revenus (bulletins de salaire, notifications CAF, Pôle emploi)
- Avis d’imposition ou de non-imposition
Une fois le dossier déposé, la commission dispose de trois mois pour se prononcer sur sa recevabilité. Dès l’acceptation, une suspension des poursuites et des saisies s’applique automatiquement.
Si le dossier est déclaré recevable, la commission élabore un plan de redressement ou, dans les cas les plus graves, oriente vers une procédure de rétablissement personnel avec effacement partiel ou total des dettes.
Quels sont les inconvénients de faire un dossier de surendettement?

L’inscription au FICP (Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers) intervient dès le dépôt du dossier, avant même que la commission se prononce. Cette inscription dure toute la durée de la procédure, puis jusqu’à 7 ans selon le plan retenu. Pendant ce temps, l’accès au crédit est bloqué.
Les conséquences concrètes sont multiples. Louer un appartement devient plus difficile car certains bailleurs vérifient le FICP. Certains employeurs du secteur financier consultent également ces fichiers lors de recrutements. La gestion quotidienne est contrainte : pas de nouveau crédit, pas de découvert autorisé, parfois passage en compte sans chéquier.
Dans les procédures de rétablissement personnel, certains biens peuvent être liquidés pour rembourser partiellement les créanciers.
Les biens strictement nécessaires à la vie courante sont protégés, mais un véhicule de valeur ou un bien immobilier peut être concerné. La procédure est longue – entre 12 et 36 mois selon la complexité du dossier – et demande une disponibilité administrative réelle.
Quelles sont les dettes non effaçables?
L’article L.711-4 du Code de la consommation établit une liste précise des dettes qui ne peuvent être ni effacées ni rééchelonnées dans le cadre d’une procédure de surendettement.
- Les pensions alimentaires : elles protègent des tiers vulnérables et restent exigibles quoi qu’il arrive.
- Les amendes pénales : condamnations judiciaires, contraventions majorées transformées en amendes pénales.
- Les dommages et intérêts alloués à une victime par une juridiction pénale.
- Les dettes frauduleuses envers un organisme social – un trop-perçu CAF obtenu par fausse déclaration, par exemple, ne peut pas être effacé.
- Les dettes liées à un prêt sur gage.
Le cas des dettes fiscales mérite une précision. Les arriérés d’impôt sur le revenu, la taxe foncière ou les cotisations sociales peuvent être intégrés dans la procédure et faire l’objet d’un rééchelonnement.
Leur effacement total reste exceptionnel, mais l’administration fiscale peut négocier des délais – ce qui est déjà un soulagement concret quand on accumule plusieurs années d’arriérés.
Difficulté financière : qui peut vraiment vous aider ?

Les Points Conseil Budget (PCB) sont des structures labellisées par l’État, gratuites, présentes dans chaque département. Leurs conseillers analysent votre budget, vous aident à prioriser les dettes et vous orientent vers la bonne procédure. C’est souvent le premier interlocuteur à contacter avant tout dépôt de dossier.
L’ADIL (Agence Départementale d’Information sur le Logement) intervient spécifiquement sur les dettes de loyer et les risques d’expulsion.
Si votre endettement inclut des arriérés locatifs, leur expertise est directement utile. Les assistantes sociales du Conseil Départemental peuvent mobiliser des aides d’urgence et faciliter le parcours administratif.
L’UFC-Que Choisir propose des consultations juridiques pour contester certaines dettes abusives – frais bancaires excessifs, clauses de crédit renouvelable contestables.
Si vous avez reçu des courriers d’un cabinet de recouvrement agressif, un conseiller associatif peut vous aider à distinguer ce qui est légalement exigible de ce qui relève de la pression psychologique.
Comment payer ses dettes sans argent : les stratégies qui fonctionnent vraiment
La première règle est la hiérarchisation. Toutes les dettes ne se valent pas sur le plan des conséquences immédiates. Payez en priorité dans cet ordre : loyer (risque d’expulsion), énergie (risque de coupure), alimentation, puis seulement les crédits à la consommation et les crédits renouvelables.
Pour chaque créancier, demandez par écrit un délai de paiement. Une lettre formelle, envoyée en recommandé, suspend souvent les relances téléphoniques et montre votre bonne foi.
L’article 1343-5 du Code civil permet également de saisir le juge pour obtenir un délai de grâce judiciaire allant jusqu’à deux ans – sans passer par la commission de surendettement.
Si votre situation se dégrade rapidement, la suspension automatique des poursuites obtenue après dépôt d’un dossier de surendettement recevable est parfois le seul moyen concret de reprendre pied. Ce n’est pas une capitulation : c’est un outil légal prévu pour exactement ces situations.
Être endetté jusqu’au cou n’est pas une fatalité – c’est un état temporaire qui a des solutions légales, documentées, et accessibles. La seule erreur vraiment coûteuse est d’attendre que la situation empire seule.











